Courir avec une spondylarthrite ankylosante … On m’interroge souvent lorsque je dis que je cours plusieurs fois par semaine. Je marche avec une canne et je n’ai que peu de mobilité dans les articulations, alors comment ? Je vous explique tout !

[Cet article, comme tous les articles de la section #runningwitharthritis, reflète uniquement mon expérience. Même avec une pathologie similaire, les ressentis et l’état de santé peuvent être très différents selon les personnes et les périodes. Si vous êtres atteint d’une maladie chronique, le mieux est de consulter votre médecin pour savoir ce qui vous est autorisé ou non.]

Tout d’abord, je ne pars pas de très (trop) loin. Je pratique déjà d’autres sports, comme le yoga et le Pilates, qui permettent d’assouplir les articulations, d’améliorer la posture et de renforcer les muscles profonds. L’escrime handisport (debout c’est trop d’impact sur les talons) s’est rajoutée au tableau cette année. J’ai été séduite par la technicité et la rapidité de ce sport, et honnêtement, c’est aussi très élégant. 

Ensuite, je me fais un planning et je m’y tiens. J’ai tendance à être très rigide et exigeante avec moi même, voire parfois trop, mais ça peut être un avantage. On entend souvent que « le mental fait la moitié du boulot ». Malheureusement, le mental ne peut rien lorsque les articulations lâchent en pleine course, donc je ne suis pas forcément d’accord avec cette affirmation. Quiconque me dira « oh ça va, tu peux continuer à courir si tu as mal », je le mets au défi de supporter des douleurs inflammatoires. Cependant, avoir de la régularité ne peut être que bénéfique. Je prépare un semi marathon, donc mon planning est le suivant :

Mardi : course plaisir, sortie courte à un rythme peu soutenu (entre 5 et 10km selon ma forme actuelle, je ne pousse pas)

Jeudi ou vendredi, suivant mes injections : le fractionné de l’enfer, pour améliorer ma VMA. J’ai une malformation congénitale de l’aorte, donc je me donne 6 mois pour réaliser ce que certains font en 2 mois. L’idée est de finir un semi en 2h30 maximum, sans abîmer mon coeur et sans blessure. C’est déjà pas mal.

Week-end : Sortie longue, pour arriver progressivement à 20km de course. Quelque soit l’allure, je finis le parcours que je prévois.

Je sors en baskets, même si je suis en poussée et qu’au final, je ne fais que 2km de marche. C’est aussi pour ça que je me donne autant de temps de préparation. Mais je sors. J’ai appris à écouter mon corps, et je sais par exemple que le premier kilomètre est toujours douloureux, mais que la douleur disparaît rapidement ensuite. Pour cette raison, je me « pousse » à passer le cap, sachant qu’elle ne durera pas, et qu’elle n’est pas liée à une blessure, mais que c’est « juste » l’inflammation qui parle (chut hein ! ça me ferait des vacances !). Ecouter mon corps qui est déjà pas mal cassé, c’est aussi arrêter à temps en cas d’inconfort (inconfort en langage maladie chronique ça veut dire « b***** de m**** je douille tellement que je vais me mettre en boule en attendant que les pompiers arrivent ») ou de blessure, parce que je sais que la rééducation sera beaucoup plus longue que pour les valides. Je fais aussi beaucoup de kiné en prévention, sortant d’une tendinite et mon kiné étant aussi spécialiste de la préparation sportive. C’est aussi savoir se reposer quand il faut, et malgré un traitement lourd qui n’aide pas au sommeil. C’est n’est pas toujours facile, mais je tends à dormir au moins quelques heures d’affilée chaque nuit et faire une sieste réparatrice l’après midi, ce qui pour moi est un exploit.

Le dernier point, et pas des moindres, c’est l’équipement. Alors on peut tout à fait courir avec ses baskets habituelles et un legging ou un short lambda lorsqu’on est valide pour commencer. En situation de handicap, le but est d’éviter au maximum la blessure ou la dégradation du corps, donc je pense qu’il faut investir un peu. Mon médecin m’a conseillé de prendre des chaussures avec le meilleur amorti possible, et des manchons/chaussettes de compression pour les distances les plus longues, pour assurer un bon retour veineux, étant sujette à l’œdème à cause de mon cœur qui pompe comme il en a envie. On les laisse boudiner sur la cheville au départ, et on les remonte ensuite. Si en plus vous aimez la sensation de compression comme moi, c’est super agréable. Pour les chaussures, n’hésitez pas à aller dans une boutique spécialisée si vous ne connaissez pas votre pied. J’ai un pied supinateur à cause de l’arthrite qui arque les chevilles, c’est donc quelque chose que je corrige activement avec des demi semelles, et par des exercices à la maison. Je suis souvent en baskets, donc je glisse aussi mes semelles dans mes chaussures de tous les jours. J’ai acheté deux paires identiques chez Asics, qui sont mes préférées et que je renouvelle dès qu’elles sont abîmés. Je les fait tourner, surtout l’hiver où les chaussures sont souvent mouillées. Pour moi le confort est important, et j’aime courir léger, donc je privilégie les t-shirts techniques à manches longues et les leggings que je peux mettre sous un short (ou une jupe, j’ai découvert les jupettes pour courir et c’est super mignon et confortable pour courir). Si vous souhaitez vous couvrir la tête, l’hiver j’ai un bandeau et un bonnet, et l’été j’ai un large bandeau ou un cagoule légère. J’ai hâte de recevoir la cagoule de sport que j’ai commandé chez Capsters, qui est normalement assez légère pour être aussi portée sous un masque d’escrime. J’essaierai plus tard de vous faire une petite vidéo sur mon équipement de sport « couvert ». On peut très simplement se couvrir sans dépenser des somme folles.

J’essaierai de faire un article par semaine concernant ma progression, parce que je sais d’avance qu’il y aura des hauts et des bas, et des bas très très bas. En espérant que ça vous motivera un peu 😉